Isabelle de Vinck
Par Pierre Loze

Historien de l’art, Pierre Loze se consacre à l’art en Belgique, créateur de l'Association du Patrimoine Artistique. Rencontre d’artistes ou d’architectes contemporains et rédaction d’articles ou de livres à propos de leurs créations.

Avec une formation initiale de graveur, Isabelle de Vinck s'est intéressée à la photographie et à sa capacité de capter quelque chose d'essentiel à travers ce moment où, sur le film sensible, la lumière devient la main qui trace sur la pellicule. Elle ne se définit d'ailleurs pas comme photographe, et sa position de créateur est particulière, car elle est plutôt une sorte de témoin devant la création. Il n'y a aucune esthétique dans ses photos, mais plutôt une capacité de faire surgir le miracle de l'existence même du monde. Rien qui ne nous soit pas familier dans ce qu'elles nous montrent. Nous nous arrêtons devant elles, y cherchant plutôt notre vérité que leur signification.

Pour expliquer son art et les voies qu'il emprunte, elle évoque son parcours depuis les années'70 en dehors des chemins de l'occident, et sa recherche de l'expérience du monde comme totalité. Elle a été marquée très jeune par la rencontre avec la pensée des indiens d'Amérique du Nord, a voyagé également en Amazonie et a touché de très près les pratiques du chamanisme. Cette aventure de l'esprit, dans le refus des conditionnements et des croyances, à la recherche d'une liberté intérieure, l'a conduite vers une volonté d'expression de l'invisible dans le visible, guidée par une recherche de spiritualité, plus métaphysique que religieuse.

Face aux images qu'elle nous propose, nous sommes comme devant un miroir du monde, suggérant le mystère de sa création, l'ordre infiniment complexe qui régit son désordre apparent. Entre elles et le spectateur, il se produit une sorte d'échange, car elles nous incluent dans la totalité qu'elles suggèrent et, par osmose, nous attirent dans l'état d'esprit émerveillé qu'elles dégagent, nous communiquant un sentiment de paix, induisant une sorte d'abandon bienveillant. Loin de toute rhétorique, l'image accueille le regard du spectateur là où il se trouve dans son propre chemin, dans un partage de sensation, montrant les choses, sans prétendre détenir la vérité. C'est dans cette attitude qui est une façon d'être face au monde, face à l'altérité, à la nature, à l'univers qu'une voie se dessine.

Les installations qui s'ajoutent aux photos d'Isabelle de Vinck dans les salles d'exposition du Centre Mondial de la Paix complètent son approche par des mises en scène basées sur des principes voisins. Les bannières qui reprennent certaines de ses photos rappellent les bannières de prière tibétaines et fonctionnent sur un jeu de vibrations optiques. Elles restituent d'une autre façon, plus spatiale, le jeu de la lumière à travers la nature qui est au cœur des préoccupations d'Isabelle de Vinck. Les installations créées à partir de vieux miroirs amplifient et rendent plus accessible par les reflets, le processus l'échange ou l'osmose entre l'image et le spectateur. Nous regardons l'image, mais elle nous regarde aussi. Le sentiment de fragilité de l'existence se dissout dans une suggestion de fusion tranquille à l'univers qui nous entoure. Enfin dans une troisième installation, où des photos de paysages de neige forment un tipi qui suggère l'abri primordial, le nid, la présence de l'homme dans la nature parmi les autres espèces, c'est une attitude face au monde qui est évoquée, qui s'oppose à celle de l'homme faisant la guerre à la nature autant qu'à ses semblables.

Septembre 2011